C’est toujours avec ferveur que l’AB reçoit Mark Lanegan. Hier, c’est dans un format semi-assis, mais dans une ambiance chaude que la salle du Boulevard Anspach a reçu l’Américain pour un set acoustique (une guitare, une voix) habité, pur et précieux. Une petite vingtaine de chansons à nu, 1h15 de concert. Le public en redemande mais c’est bien suffisant. C’est dans ce genre d’exercice sans filet qu’on reconnaît les tout grands, et Lanegan, c’est désormais une certitude, en est un. Difficile de trouver actuellement une voix qui émeuve à ce point, une voix nue, pure et sur le fil qui exprime les profondeurs de l’être, expulsant les fantômes et démons y logeant depuis trop longtemps. A vif. Le Man In Black, aujourd’hui, c’est bien lui.
Il est un peu moins de 21h quand Mark Lanegan et son comparse guitariste Dave Rossiter (étrangement, Lanegan ne joue jamais, ou pratiquement jamais, de guitare sur scène) prennent la scène. Chemise noire, pantalon noir et boots noires, l’ancien Screaming Trees murmure un «Hello» et empoigne le pied de micro des deux mains, une jambe légèrement devant l’autre qui bat discrètement la mesure. Il ne quittera plus cette position. Dave Rossiter entame l’arpège de ‘When My Number Isn’t Up’, titre hanté qui ouvre «Bubblegum» et dès les premiers mots chantés, la voix s’empare littéralement de la salle. Cette voix caverneuse, nourrie au whisky, aux angoisses et aux désillusions prend possession de chaque âme présente. On est tétanisé devant tant de pureté.
Pour comprendre, il faut imaginer un croisement entre les organes de Johnny Cash et Kurt Cobain, mais en encore plus profond. Ça et là, une phrase, qui s’avèrerait presque anodine pour le commun des chanteurs, vient nous scotcher tant elle semble prendre vie. Il n’y a pas de mise en scène ici, pas de masque. Ce qu’on voit, ce qu’on entend, est ce qui est. «Is this worth tryin’?/Cause I could fall/Like a tear/Well there’s nothin’ else I can do».
Les titres s’enchaînent sans qu’on s’ennuie une seule seconde (pourtant un risque réel dans ce genre d’exercice). Le set traverse la discographie de Lanegan jusqu’aux Screaming Trees (’Traveler’ extrait de «Dust» en rappel), en passant par des reprises de vieux blues déjà présents sur l’album «I’ll Take Care Of You» (’On Jesus’ Program’ de Overton Vertis Wright). Car c’est bien de cela dont il s’agit. Mark Lanegan ne fait rien moins que reprendre le flambeau du folk-blues américain des origines.
Et c’est merveille!
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